DO IT YOURSELF : L’ère de l’expert amateur

21 septembre 2011 par

couv-inrock

Inrockuptibles n°813 - du 9 juin au 5 juillet 2011

Les Inrockuptibles, n°813 consacrait leur cahier central au D.I.Y. Qu’est-ce au juste qui se cache derrière cet acronyme bizarre ? On peut d’abord le traduire littéralement par « fais-le toi-même » (Do It Yourself). Qu’il s’agisse d’enfiler des perles soi-même pour se composer un collier digne du meilleur Dior ou de produire un disque sans l’aide d’un label, ce vaste réseau de pratiques compose un mouvement diffus, consistant selon les termes du réalisateur M. Gondry, à aller « directement du cerveau à l’exécution finale » dans « la fabrication d’un objet qui ne requiert » donc « pas d’intervention d’une tierce personne ». Si M. Gondry le dit, on est tenté de le croire car il est tout de même l’inventeur du système G ( pour Gondrouille : barbarisme fusionnant Système D pour débrouille au nom du réalisateur sus-cité ).
Tout faire par soi-même donc. D’un bout à l’autre de la chaine de production, que ce soit un synthétiseur comme le propose ARDUINO, ou bien un festival musical comme les années 90 en ont vu tant fleurir en Angleterre (LES RAVE PARTIES), puis suffoquer sous la pression policière, en passant par le cinéma de Bunuel à  Gondry, la mode, la production musical, toutes les sphères de la création sont touchées par le phénomène. Mais s’il semble inoffensif et bon enfant, nous allons voir qu’il peut représenter une force politique qui risque bien d’empêcher les magna de l’industrie de dormir tranquille…

Les habitudes ont la peau dure.

Si le D.I.Y. se contentait d’être une forme de bricolage un peu sophistiqué, il n’aurait probablement pas vu s’exercer contre lui cette folle résistance des autorités en place. ( le Criminal Justice and Public Order Act 1994 a quand même permis  à la police britannique d’arrêter n’importe quel individu suspecté de faire partie de l’organisation d’une free party, et ce sans le moindre début de preuve… ).
Dans le domaine de la propriété intellectuelle, Le copyleft qui consiste à autoriser la modification et la distribution d’une oeuvre, ne semble pas être du goût de tous. En effet, il « est aux majors, ce que l’open-source est aux éditeurs de logiciels propriétaires. » Une bête noire, car elle place sous le sceau de la gratuité toute diffusion d’une oeuvre, et remet ainsi en question un système établi, celui du copyright.
Tout récemment en France La charte anti- »piraterie » fait d’ailleurs l’amalgame des partisans du copyleft avec les pirates informatiques, montrant que les industriels sont parvenus à mettre la loi de leur côté pour la préservation d’un système commercial plus tout à fait en phase avec le monde d’aujourd’hui.

Si tu le fais toi-même que vais-je faire moi qui le faisais pour toi ?

C’est que derrière cette pratique presqu’anodine de débrouillardise, il y a une idée que certains ont du mal à avaler : On peut tout faire par soi-même et on a donc beaucoup moins besoin d’une industrie canalisante pour atteindre un large publique… Le film Blair Witch Project (1999) en a été un exemple frappant avec son budget initial de 20000$ et ses recettes de plus de 74 millions de dollars. Un épisode à donner froid dans le dos des producteurs d’Hollywood les mieux assis.
Dans la musique bon nombre d’artistes ont réussi à se passer des budgets des maisons de production pour la promotion de leurs oeuvres. Il n’est pas négligeable de constater que Radiohead avait proposé son album In Rainbows en téléchargement direct sur leur site moyennant une somme dont l’internaute décidait le montant, ceci après leur séparation avec la maison de disques EMI.

Le D.I.Y. a cette force politique de changement qui risque de mettre à mal toute la  chaine de production traditionnelle en place depuis le début du 20ème siècle. Voilà de quoi troubler le sommeil doré des plus puissants industriels…

RepRap : Le projet DIY qui fait de l’ombre à M. Bricolage.

Le projet RepRap en est l’exemple parfait : une imprimante 3D presque gratuite, dont les plans sont en tout cas mis à disposition du quidam, qui s’en tirera pour la modique somme de 500 € s’il entreprend de construire sa propre imprimante tridimensionnelle. Vous me direz, oui d’accord et alors ? Alors avec une telle imprimante, plus besoin de faire la queue à la caisse de chez M. Bricolage chaque fois qu’une poignée de porte vous reste entre les doigts ou qu’un porte-manteau vous lâche, il suffira d’en trouver les plans sur internet ou de les faire vous même, et votre imprimante 3D se chargera de produire l’objet. Le Do It Yourself, dans la sphère des objets de la vie courante – on le voit bien – risque de mettre à mal un certain nombre d’industries jusque là bien tranquilles.

Le Web à la rescousse de l’amateur éclairé.

À l’évidence notre ami Internet a beaucoup à voir avec cette petite révolution. Car si le D.I.Y. concernait au départ la costumisation de l’intérieur de maisons construites à la chaine dans les années 50 aux U.S.A.,

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Publicités américaines des années 50 - The Advertising Archives

il a contaminé tous les domaines grâce au Web, qui avec ses allures de bibliothèque d’Alexandrie, contient tous ou presque tous les savoirs nécessaires et surtout en permet le partage rapide et à grande échelle. N’importe qui pourra bientôt manufacturer les objets de la vie courante avec un peu de temps et de bonne volonté. Ainsi on voit fleurir les blogs qui proposent de faire soi-même ses bijoux XVIIIème ou de rajeunir sa garde-robe à moindre frais.

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Collier à faire sois-même - Blog "il parait que"

Dans le domaine musical, le logiciel de partage de fichiers soulseek, avec son interface de chat, a permis à des artistes de la scène électronique de diffuser leur musique à grande échelle, et d’assoir ainsi leur notoriété sans l’aide des grands médias. Le label soulseek records, ainsi que bon nombres de festivals ont vu le jour gràce à cette plateforme d’échange illégale. D’une manière générale le web met à disposition de tous un espace de diffusion audio-visuel presque gratuit. Ainsi notre collaborateur et ami compositeur Lorenzo Papace conçoit sa musique et développe tout son univers d’un bout à l’autre de la chaine de production lui-même. Il a réalisé ses propres clip-videos, composé tout le design de son album, de la mise en page au packaging. Lorenzo Papace est l’un des nombreux créateurs dont les services sont rendus accessible via internet, ces derniers devenant une force à disposition de toute entreprise moyennant un coût  réduit.

Un changement de mentalités pour un changement d’époque.

Au final, on s’aperçoit qu’un bon nombre de choses qu’on pensait impossible à réaliser ou qu’on aurait même simplement pas pensé à faire soi-même sont à portée de main si on se donne la peine d’essayer, et que le grand changement c’est d’abord et encore celui des mentalités.

Dans un monde où l’on vit un peu trop souvent sur le mode de l’assistanat , Le D.I.Y. nous rappelle que chacun est capable de beaucoup plus qu’on ne le croit, et qu’ il fait bon reprendre les rennes. L’industrie n’est pas forcément du même avis… mais à chaque révolution technologique les industries sont parvenues, avec un peu d’intelligence et beaucoup de flexibilité, à rester compétentes et utiles.. pourquoi pas cette fois encore ?

 

 

 

 

 

www.chasseursdinfluences.com

www.lesinrocks.com

www.advertisingarchives.co.uk

www.dqmw.fr

www.reprap.org

www.player.vimeo.com

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