Des enfants terribles à la Maison Rhône-Alpes : Occuper l’espace entre l’Art et la vie.

12 décembre 2011 par Jean-Hugues


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Pour la première fois en France, Lyon réunit une grande partie des enfants terribles du pop surréalistes. Jérôme Catz (commissaire de l’exposition et fondateur de la galerie Spacejunk) et la région Rhône – Alpes vous invitent à faire connaissance avec ces enfants du lowbrow au « plateau » (La Maison Rhône-Alpes) l’espace d’exposition du siège de la région Rhône – Alpes . Un superbe écrin pour ce courant de l’art contemporain qui réussit le grand écart entre légèreté et engagement politique, avec pour seules armes le pinceau et une vision acerbe de la société à l’occidentale.

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Le siège de le région Rhône-Alpes offre son « plateau » à l’exposition « les enfants terribles". Un écrin de taille pour les artistes du pop surréalisme.

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Vernissage de l'exposition

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Jérôme Catz, commissaire de l’exposition, entouré d’une partie des artistes présents au vernissage de l’exposition.

Le Low bro Art, aussi appelé pop surréalisme ( selon que l’on demande à Robert Crumb ou Robert Williams ) est né aux Etats Unis à la fin des années 70 et regroupe au départ des peintres qui revisitent la figuration à travers la culture « cartoon ». Vous ne vous attendiez peut-être pas à voir Mickey ou Winnie l’ourson faire la critique du capitalisme… c’est pourtant ce qu’ils font sous le pinceau génial des artistes du Low Brow.

Même si la déferlante psychédélique s’est déjà abattue sur le monde dix ans plus tôt, ce sont dans des galeries aux noms aussi évocateurs que la Psychedelic Solutions Gallery à New York ou la Luz de Jesus ( lumière de jésus ) à Los Angeles qu’ont commencé à s’exposer les oeuvres de ce mouvement. Mais qu’ont donc en commun le Low Brow et les nudistes à fleur de Woodstock ?

Dans notre cahier de tendances « EXIT« , nous avions parlé de ce courant artistique comme l’une des « alternatives à une société à bout de souffle ».
Car c’est avant tout un mouvement brut de décoffrage, qui veut s’affranchir des codes étouffants de la culture instituée tout en n’ayant paradoxalement pas peur d’employer l’aspect naïf de l’illustration dans sa représentation du monde. Un art pictural à la fois traditionnel et sauvage donc, qui prend littéralement en otage les icônes du dessin animé et de la bande dessinée pour leur faire tenir des propos pour le moins frondeurs à l’égard du monde qui les a vu naitre. Pluto et Bugs Bunny, des amis de la bande à Bader ? des partisans de Charles Manson ? Quand ce sont les artistes du Low Brow qui leur insuffle la vie, ils peuvent se transformer en créatures furieuses et assoiffées du sang de la justice !

Le Low Brow ne se contente pas de singer l’industrie dominante. Par son goût de l’habileté technique, sa culture de la narration traditionnelle et l’accent mis sur la figuration, il s’est très tôt fâché avec les écoles d’art et les critiques de l’époque qui ne voient pas d’un bon œil cet apparent retour à des préoccupations d’un autre temps.

Ainsi se profile l’esprit d’un courant qui s’est construit en marge et parfois même en opposition aux réflexions très abstraites et difficiles d’accès de l’art contemporain, même s’il n’est cependant pas sans rappeler le travail d’artistes des années 20, tels les dessins d’un Marcel Duchamp ou les travaux de Manray, à la source du surréalisme… avec toutefois  le cynisme et la virulence de la désillusion post-68 en plus.

D’ailleurs Robert Williams, l’une des figures de proue du mouvement, parle du LowBrow comme d’un « surréalisme abstrait teinté de cartoon ».
Si le terme « low brow » en argot américain signifie littéralement « inculte », c’est que bon nombre des artistes concernés sont issus du monde du tatouage, de la bande dessinée ou de l’illustration, ainsi leurs préoccupations et leurs outils diffèrent radicalement de ceux d’artistes des écoles de l’époque qui tendent généralement vers l’abstraction totale autour de thèmes psychologiques plutôt que sociaux.
Les artistes du LowBrow revendiquent cette « inculture » ou plutôt ce vide de la culture à l’endroit de la figuration et de la critique politique. Ce vide, ils le comblent par un propos souvent sarcastique à l’égard de la culture mainstream américaine dans laquelle ils baignent. Car ceux qui le constituent sont avant tout des artisans sans prétention d’entrer au panthéon de l’Art, des gens ordinaires que ne différencie que la volonté de peindre avec vérité un monde dans lequel ils sont bien ancrés – souci d’une critique politique qui leur vaut au début au moins un certain dédain de la part de la bulle de l’Art.

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Robert Williams

En effet dés le départ les critiques n’ont pas su quoi faire de ce mouvement. Où le classer, à quoi le rattacher ? Cet aspect ludique du « cartoon » ne plaide pas en faveur du sérieux du LowBrow. De ce fait, il serait resté fort méconnu si le goût du public, par la forte fréquentation des expositions, n’avait pas donné ses lettres de noblesse au Low Brow. Car bien que les oeuvres se veulent faciles à saisir, elles traitent néanmoins souvent de sujets politiques qui touchent tout un chacun, et intéressent ainsi la jeunesse de plusieurs générations des années 70 à nos jours, une jeunesse qui n’est plus dupe du discours consumériste du capitalisme, et à qui l’engagement politique d’artistes comme Robert Williams ou Todd Shorr en dit plus long que cent pages de Kandinsky. « C’est pas des portes ouvertes à la réflexion, c’est pas du cinq pages de textes pour arriver à comprendre quelque chose. » nous dit Jérôme Catz, le Low Brow est direct, presqu’instantané ( Parmis les vidéos du site consacré aux enfants terribles, Jeff Soto nous révèle que beaucoup de ces oeuvres sont du ressort de la « peinture automatique » ), c’est sa force et la raison de l’effroi qu’il provoque dans l’ambiance feutrée et compliquée de l’art contemporain.

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Todd Schorr

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Jeff Soto

Avec des couleurs souvent très vives et une apparente simplicité du trait, les enfants du Low brow sont bel et bien des enfants terribles… et Jérôme Catz leur digne représentant ! Car c’est à un festival de couleurs qu’il nous invite, au détour duquel on croisera par exemple un caniche à souliers de verre (Ray Caesar), un Donald Duck fantôme en prière (Odö), ou encore des lapins mutants  échappés d’un Tex Avery post-nucléaire aux couleurs d’une huile flamande (Naoto Hattori)…

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Ray Caesar

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L'artiste Odö devant l'une de ses oeuvres

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Odö

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Naoto Hattori

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Victor Castillo

C’est la première fois que s’exposent en France la presque totalité des artistes pop surréalistes en un même lieu, et le nombre d’entrées à l’exposition semble confirmer que le public est friand d’un discours moins politiquement correct et plus directement critique au sujet d’une société de consommation moribonde. L’emprunt des icônes immaculées de l’enfance du capitalisme, Mickey et les autres, représentés avec ce surplus d’humanité, cette dimension d’imperfection, dévoile un homme imparfait dans un monde imparfait, et le publique en redemande.
Ne serait-ce pas là le signe qu’il est fatigué du discours aseptisé que lui renvoie les acteurs de l’économie et les chantres du fatalisme ambiant ?
21000 visiteurs se sont déplacés jusqu’à maintenant, et la Région Rhône-Alpes, qui finance et accueille cette exposition en résonance à la Biennale d’Art Contemporain, ne s’y est pas trompée puisqu’elle a même récemment décidé d’allonger la durée de l’exposition d’une semaine.

La complexité de nos sociétés dites développées a longtemps constitué un argument en faveur du silence de la critique. En effet, il est difficile d’avoir une opinion simple et entière sur un sujet complexe. Les artistes du Low Brow bravent cet à priori avec un génie communicatif.

À découvrir absolument !
Les Enfants Terribles jusqu’au 6 Janvier 2012 au PLATEAU (région Rhône-Alpes –Lyon confluences)
1 esplanade François Mitterrand – Lyon 2

www.rhonealpes.fr

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