VINCENT GREGOIRE à Maison & Objet : Les confidences d’un chasseur de tendances.

3 mai 2012 par Nelly

C’est avec une grande générosité que Vincent Grégoire, directeur du département art de vivre du bureau de style parisien Nelly Rodi, a pris le temps de partager son expérience avec une vingtaine d’étudiantes en décoration d’intérieur de l’École supérieure d’architecture intérieure de Lyon, en visite au salon Maison & Objet de février 2012.

Un moment intense. Du pur bonheur pour ces demoiselles qui ont pu rentrer dans la confidence et mieux comprendre le fonctionnement d’un bureau de style, le métier de « tendanceur », et l’envers du décor des forums tendances du salon Maison& Objet.

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Vincent Grégoire entouré des étudiantes de l'école ESAIL

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Le métier de tendanceur
Derrière ce métier mythique se cache en réalité un personnage au profil complexe et multiple.
Issu de l’architecture intérieure, Vincent Grégoire est à la fois un communicant, un styliste, un scénographe et un visionnaire, mais il se définit surtout comme un coach. En effet, sa mission première est de discerner ce qui va se passer demain pour aider ses clients à se développer aujourd’hui. Il s’agit de comprendre de quoi auront envie les consommateurs en observant leur façon de se comporter.

Une méthode pragmatique
Observer le monde entier, analyser l’évolution des comportements, c’est une chose, mais encore faut-il savoir comment utiliser toutes ces informations pour stimuler les entreprises. Pour Vincent Grégoire, il est indispensable, avant tout, de bien cerner son client. D’après lui, il est important de « faire un break pour y voir plus clair, réfléchir sur ses bases, comprendre qui on est pour savoir où on veut aller ». Pour cela, « il faut cerner les projets, définir un cadre ». Il ne s’agit pas de se substituer aux créatifs, bien au contraire. Il convient de « leur fixer un cadre de travail, des contraintes, et de les coacher ». Pour Vincent Grégoire, « un bon créatif s’éclate davantage quand il a des contraintes », et d’ajouter que le partage d’expériences est salutaire, car « aujourd’hui, un designer qui ne veut pas travailler en partenariat est mort ». Il définit son travail comme un « Pacs, un binôme » avec les différentes équipes d’une entreprise qu’il incite à « mettre du fond dans les produits en ayant une démarche globale ». Car en plus de la création du produit, il convient « de penser à son packaging, à la mise en scène dans un point de vente et à la communication qu’on fera autour ».

Le marché des tendances
Alors que dans les années 1960-1970, le travail autour des tendances était typiquement fait pour la mode et en France, aujourd’hui, il s’est étendu au monde entier dans des secteurs très différents, comme l’automobile ou l’agroalimentaire. Pour Vincent Grégoire, l’approche et la définition des tendances sont différentes en fonction du pays où l’on se trouve. Par exemple, en France, où nous sommes très intéressés par la prospective, on considère une tendance comme un courant porteur : en effet, quand quelque chose de génial est adopté par une niche, on suppose que cela va générer une mode. En revanche, aux États-Unis, la démarche est plus commerciale que créative, et on considère comme étant une tendance « une chose adoptée par la masse et qui produit du chiffre ». Malgré tout, alors que ce sont les consommateurs qui font les tendances, le métier de tendanceur consiste à « faire des choix, définir des priorités, des partis à prendre et à mettre du fond ».

Alors, que dire des tendances de demain ? Vincent Grégoire nous répond : « Durant la crise, on a tout essayé : la standardisation, le classique, le conventionnel pour ne heurter personne, sans vraiment avoir de succès. Aujourd’hui, il faut prendre des risques, être un peu cinglé, décalé, bizarre. Créer l’effet « wahou ! »

Comment, chez Nelly Rodi, reconstitue-t-on les tendances ?
Même si la méthodologie peut être différente en fonction de la demande du client, la réponse peut prendre la forme soit d’un « workshop interactif » (échange sans langue de bois), soit de la mise à disposition d’un cahier de tendances (outil « relais d’influences » qui compile de nombreuses images, des gammes colorées et des matières).
Pour mettre en place ces cahiers de tendances, l’agence Nelly Rodi ressemble à « un véritable atelier de tri sélectif tellement il y a de matières et d’échantillons en tous genres » car, pour Vincent Grégoire, tout peut servir d’un moment à l’autre.

L’agence Nelly Rodi a segmenté le marché en quatre grands univers : naturalité, contemporain-design, classique-charme, bohème-ethnique.
Le travail prospectif de l’agence permet, au travers de conseils personnalisés ou d’outils généralistes, d’aider les entreprises de ces différents marchés à développer leurs produits pour « rester dans la course ».
Même si le marché des cahiers de tendances est essentiel pour l’agence Nelly Rodi (car il permet de compiler toute la veille réalisée par ses collaborateurs, de la synthétiser, d’interpréter les courants porteurs et d’expliquer comment s’en servir d’une manière factuelle), les clients sont actuellement davantage en demande de conseils personnalisés, et veulent comprendre comment interpréter les tendances d’une manière précise, dans leur quotidien.

La conception de l’espace tendances au salon Maison & Objet
Un des rendez-vous les plus attendus du salon Maison & Objet est sans conteste les forums des tendances et le cahier d’inspiration qui leur est associé.
Comment se montent ces forums ? Vincent Grégoire nous met dans la confidence…
La constitution d’un tel espace requiert environ six mois de travail.

  1. Un observatoire comprenant différents experts dont les concepteurs des trois forums de tendances est constitué.
  2. Après toute une série de réunions, on se met d’accord sur le thème générique de la saison, et chacun dessine son univers.
  3. Chacun produit son discours de fond, et propose les images du cahier d’inspiration.
  4. Ensuite, il définit la scénographie de son espace tendance, et choisit les produits qui seront mis en scène dans le forum, qu’ils appartiennent aux exposants du salon ou à d’autres designers. Ce travail demande une grande logistique.
  5. Pour l’installation du forum, il faut compter cinq jours pour la mise en place de la structure, et deux jours pour le stylisme des produits.
  6. En fin de salon, une réunion de débriefing est organisée avec tous les partenaires, et c’est reparti pour une autre aventure ! On prépare le prochain salon.
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rojet "RGB" du duo de créateurs Carnovsky: Une superposition d'image de couleurs primaires illuminée par les lumières RVB anime ce décors en faisant disparaître et aparaître les images

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Espace Tendances du salon Maison & Objet 2012

Le recrutement d’une équipe de choc
Vincent Grégoire se définit comme le capitaine d’une équipe de foot, et voit le monde comme son terrain de jeu. En effet, l’agence Nelly Rodi, ce sont 40 salariés intégrés à plein temps et une trentaine de collaborateurs intervenant en free-lance.
Plus que les diplômes, c’est le profil d’une personne qui intéresse Vincent Grégoire, car il préfère recruter sur des valeurs.
Ses critères de recrutement ? « Être curieux, ouvert, disponible, partant pour tout, garder son âme d’enfant, être émerveillé par tout, avoir envie d’être surpris, faire du terrain plutôt que de se concentrer uniquement sur le web, ouvrir l’œil, aller dans la rue, observer, faire des expos, voyager… » Le métier de tendanceur demande une remise en question permanente, et est incompatible avec un profil qui recherche la sécurité et le confort. Attention, la créativité n’est pas forcément l’aspect essentiel du métier, car on ne travaille pas pour l’art mais pour le commerce, et la dimension marketing est omniprésente. Enfin, il est indispensable de parler anglais couramment, car le territoire de l’agence est international.
Aujourd’hui, de nombreux collaborateurs de l’agence sont d’anciens stagiaires… « Chez Nelly Rodi, les stagiaires sont les bienvenus, pensez à l’originalité de votre CV, mais attention, les fautes d’orthographe sont rédhibitoires. »

Thank you, Vincent !
La passion, la générosité, l’implication ont charmé les déco 1 d’ESAIL, qui ont quitté le salon des étoiles plein les yeux et des objectifs plein la tête. Motivées, revigorées, avec la certitude que tout est encore possible. Ce partage d’expérience leur a fait un peu plus prendre conscience de l’immensité du territoire qui les attend, si elles cultivent le bon profil…

Merci, Vincent !

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