FRIPESKETCHUP : Une scénographie innovante dans le vintage !

5 mai 2011 par Nelly

Une friperie ? Pas vraiment. Une boutique vintage, ça y ressemble.
Une boutique d’enseigne ? On dirait.

On peut dire que la toute nouvelle boutique lyonnaise Fripesketchup « dégage ».
Son travail de merchandising est unique, ce qui lui confère un caractère de nouveauté malgré « l’ancienneté » des produits mis en vente.
Mais comment est né cet écrin pour la mode, et qui se cache derrière ?

On pourrait dire que Fripesketchup, c’est l’histoire d’une jeune fille courageuse et déterminée qui, avec des étoiles dans les yeux et beaucoup d’amour, a su réaliser ses rêves inavoués.
Elle définit son concept comme « une boutique qui revisite le vintage en l’adaptant à la mode actuelle. Les articles sont sélectionnés pièce par pièce, soignés et présentés par thèmes et en ensembles à la manière d’une marque de créateur. Les tenues sont mises en valeur dans une déco signée Charles Mas (Tombées du camion) ». Fripesketchup

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Pauline et Olivier d’Arfeuille, dans la boutique Fripesketchup de Lyon.

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Devanture de la boutique de Lyon

Cette jeune femme pétillante, c’est Pauline d’Arfeuille, et c’est à 23 ans, son diplôme d’architecte en poche, qu’elle ouvre sa première boutique parisienne, en septembre 2010.

Racontez-nous, Pauline…

J’adore chiner depuis toute petite. En fait, je me plaisais à accompagner mon père qui chine tout le temps. Pendant qu’il achetait des objets, moi, je dénichais des fringues.
Pour mon cursus, comme j’étais bonne en maths et que j’avais des capacités artistiques, on m’a spontanément orientée vers l’architecture. Dans mon entourage, on pensait que c’était plus « tangible » que les beaux-arts. J’ai commencé mes études à Saint-Étienne, mais après un stage à Paris, je suis tombée amoureuse de cette ville, et je m’y suis installée.
Néanmoins, après mes cinq années d’études, je n’avais toujours pas la « fibre architecte ». Je n’arrivais pas à me projeter dans un bureau en pensant appartenir à une élite. Au moment de l’examen, j’ai confié à mes professeurs mon vrai projet professionnel : je voulais créer ma boutique vintage. Paradoxalement, ayant vu à quel point cela me tenait à cœur, ils m’ont vraiment encouragée en me permettant de boucler mon cursus. Même si je ne me voyais pas architecte, j’avais besoin d’aller jusqu’au bout et d’obtenir mon diplôme. Celui-ci m’a d’ailleurs été utile pour la concrétisation de mon projet, il m’a donné de la crédibilité auprès des banques et des institutions.

Ma boutique, je la voulais, mais je n’étais ni styliste ni commerçante.
J’ai fait la connaissance de Charles Mas qui m’a beaucoup encouragée à persévérer dans mes choix, et il m’a incitée à commencer par faire les marchés.
Je me suis alors lancée sur les marchés. Cette expérience, bien qu’elle soit difficile, a été hyper formatrice.

Je revendais des vêtements que je chinais de part et d’autre, et j’ai vite compris l’impact qu’avaient mes voisins avec des étals sortis de chez les grossistes. Leurs portants classés par thème, par couleur faisaient « très pro » alors que de mon côté, on avait l’impression que je déballais ma penderie. J’ai vite compris qu’il fallait que je « professionnalise » mes achats.

Comment êtes-vous passée du marché à la boutique ?

Je me suis liée d’amitié avec une de mes clientes, agent immobilier, qui croyait beaucoup à mon projet. Elle m’a fait visiter une boutique dans le 18e (quartier de Montmartre), le quartier où je faisais le meilleur chiffre d’affaires. Cette boutique était idéale pour développer mon concept. Au début, j’ai essayé de continuer à faire les marchés, mais je me suis vite concentrée sur ce qui est le plus rentable, car je ne pouvais pas tout faire. La boutique parisienne est dans un quartier très touristique, elle est ouverte 7 jours sur 7, c’est une vraie activité à plein temps ! En plus, je suis illustratrice pour le facebook de Nina Ricci, ce qui m’oblige à confier la boutique quelques jours par mois.

En tant qu’architecte, avez-vous fait la décoration de votre boutique ?

Paradoxalement, non. Je l’ai confiée à Charles Mas.
J’avais confiance en son travail. Charles est « brocanteur » et a fait les marchés pendant dix ans. Aujourd’hui, il a six boutiques à Paris, et il agence les points de vente de certains de ses amis. Je partage sa devise : « on peut vendre ce que l’on veut dans un joli cadre », et je suis convaincue que l’on doit mettre une atmosphère appropriée à ce que l’on veut vendre.
Les boutiques réalisées par Charles sont de véritables écrins, et j’ai aimé cela. Nous avons collaboré à la réussite du concept, je lui ai expliqué toutes les familles de produits que j’aurais à vendre, et il leur a fabriqué un univers.
Mon idée ? Présenter le vêtement vintage comme une petite marque de distribution, en organisant mes articles par « tendance ».
Je ne crée pas mon produit, je le chine. Mais cela ne m’empêche pas de le sélectionner et de composer des looks originaux.

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Image de droite tirée du site Tombées du camion

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La décoration a été confiée à un professionnel du design d’espace : Charles Mas (Tombées du camion).

À ce sujet, comment faites-vous vos achats ?

Je chine à la pièce dans différents lieux : brocantes, vide-greniers, marchés… mais aussi chez des grossistes où j’achète au kilo. En effet, pour certains produits, comme les foulards, il est plus pratique d’avoir du stock.
Je construis mes portants par thème, à partir des tendances que je découvre dans les magazines, et je fais mes achats en fonction de ces thèmes.
Par exemple, en ce moment, dans mes boutiques, on trouve les styles color block, folk, nude, basique, militaire, graphique et liberty.
J’essaye de sortir les fripes de leur contexte, de faire des associations pour créer de nouveaux looks à la mode. Je ne cherche pas spécialement à valoriser les marques mais plutôt le style.
Ensuite, tous mes vêtements, à part les fourrures, sont nettoyés et remis en état. Je les repasse sur cintres en boutique.

En fait, vous « réactualisez » des vêtements anciens en vous calant sur la mode et en construisant « un plan de collection », mais comment arrivez-vous à combiner toutes ces pièces uniques ?

Je crée les tenues les plus crédibles possible, et je les dispose par « univers » sur mes « portants » en boutique.
Je commence toujours par le haut : une chemise, une veste, un pantalon.
J’implante les différents thèmes dans des zones spécifiques de la boutique, et je les « fais tourner ». Je refais le merchandising tous quinze jours. À chaque fois, cela me prend une journée.
Puis, nous communiquons aussi beaucoup avec notre blog où nous mettons en ligne un « look » tous les matins. Cela propulse les ventes.

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Le design d’espace, la décoration, les couleurs et les matières utilisées, résonnent avec le produit à vendre, et le mettent en valeur. Les supports de présentation sont uniformisés (tous les vêtements sont posés sur des cintres métalliques identiques, suspendus à des fils métalliques).

Quel genre de personnes viennent acheter chez vous ?

En fait, tout le monde peut y trouver son compte. Le fait de présenter le produit d’une manière plus sophistiquée que dans une friperie nous permet d’attirer la clientèle « boutique », qui apprécie ma sélection. En effet, mon produit est pratiquement exclusivement de fabrication française et réalisé dans de belles matières.
Certains disent que nous avons une démarche « développement durable », car nous remettons en circulation, nous recyclons, nous revalorisons d’anciens articles que nous ramenons au goût du jour. Je dois avouer que ce n’est pas un parti pris, mais une attitude naturelle et spontanée. Par exemple, mon père n’a jamais eu l’habitude d’acheter du neuf. On peut dire que chez nous, c’est « culturel » !

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Un éclairage zénithal est prévu sur les portants de produits, alors que les axes de passages et le reste de la boutique sont relativement sombres, pour ne pas dire baignés dans le noir.

Comment est venue l’idée d’une deuxième boutique à Lyon ?

Je me dois maintenant de passer la parole à mon père qui tient la boutique de Lyon.
Olivier d’Arfeuille, racontez-nous comment votre fille vous a « inspiré ».
J’ai passé toute ma carrière dans la publicité. J’ai créé mon agence, travaillé pour de grands groupes de pub. Paradoxalement, j’ai toujours été en réaction contre le système de consommation. Après mes heures de gloire, j’ai compris que la publicité, c’était fait pour les jeunes, et j’ai eu envie de passer à autre chose. En voyant l’engouement pour le marché de la mode vintage de Lyon, j’étais convaincu de la légitimité de Fripesketchup. J’ai toujours aimé la place Sathonay, que je considère comme un « miracle » et où je retrouve la même ambiance que celle du quartier des Abbesses où est implantée Pauline. J’ai donc créé ma boutique à proximité.

Vous qui aimez chiner plutôt les objets, pourquoi ne pas avoir créé une brocante ?

J’ai préféré mutualiser mes forces et mes moyens avec Pauline, car je crois au modèle économique de Fripesketchup. Ainsi, nous pouvons communiquer sur les deux boutiques, nous aider mutuellement sur les achats et la mise en place du produit.

Vous êtes ouvert depuis un peu plus d’un mois maintenant (le 30 mars 2011) ; êtes-vous satisfait du résultat ?

Oui, nous avons tout de suite su conquérir une clientèle qui adhère au concept et au produit.


Nous aussi, on y croit… Longue vie à Fripesketchup !

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Pauline et Olivier d’Arfeuille.

FRIPESKETCHUP, c’est l’originalité d’un concept qui remet en cause les fondamentaux de la fripe, mais aussi une bonne leçon d’amour et de détermination. Une histoire de famille où la fille a l’audace d’ouvrir la voie à son père. Un juste retour pour celui qui a su lui insuffler le goût de la chine et la perspective d’aller au bout de ses rêves.

FRIPESKETCHUP
27 rue Sergent BlandanLyon 1er
8 rue Dancourt – Paris 18e

www. fripesketchup.wordpress.com

Le blog d’illustration de Pauline d’Arfeuille
www.yadlajoieici.unblog.fr

Le designer du point de vente
www.tombeesducamion.com

LES CLÉS DU MERCHANDISING DE FRIPESKETCHUP

- L’enseigne : on retrouve une identité de marque (façade, carte de visite, sacs…).
- Les vitrines sont sobres et laissent apparaître le reste de la boutique ; elles sont changées toutes les semaines.
- Le design d’espace : la décoration, les couleurs et les matières utilisées résonnent avec le produit à vendre et le mettent en valeur.
- Les supports de présentation sont uniformisés (tous les vêtements sont posés sur des cintres métalliques identiques, suspendus à des fils métalliques).
- Les vêtements sont mis en scène par tendance et non par catégorie, ce qui représente un défi car ici, on ne vend que des pièces uniques. En effet, chez Fripesketchup, pas question d’étaler des portants de chemises, de robes, de pantalons… Ici, on constitue des looks qui illustrent des univers de produits, et on fait tourner le stock régulièrement.
- Le stock : pour le plus gros du stock, les produits sont chinés à la pièce, et non achetés chez des grossistes. Ils sont lavés et réparés. Ici, pas de produits mités ou abîmés.
- Les odeurs sont neutralisées. En plus de vendre des vêtements propres, des huiles essentielles sont diffusées pour le bien-être du client.
- Les produits « respirent », ne sont pas entassés, ils se valorisent les uns les autres.
- Une scénographie lumière : un éclairage zénithal est prévu sur les portants de produits, alors que les axes de passages et le reste de la boutique sont relativement sombres, pour ne pas dire baignés dans le noir.
Le soir, un système de minuterie permet de mettre en valeur les portants, et rend visibles les vêtements depuis la rue qui reste très animée.
- L’accueil : un coin « cosy » a été prévu à proximité de la caisse avec des fauteuils confortables.

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