« MARILYN » : l’antithèse du merchandising

14 octobre 2010 par Nelly

C’est en me promenant le soir du 7 octobre au vingt-et-unième « tapis rouge » organisé par les commerçants de la rue Auguste Comte de Lyon que j’ai fait connaissance avec « Marilyn », boutique singulière pour une personne atypique.

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On aperçoit Marilyn à travers sa vitrine, au centre d’un amoncellement d’objets extrêmement raffinés qui semblent avoir été fossilisés.

« Tapis rouge », c’est un événement où tous les commerçants de la rue Auguste Comte et ses environs se mettent sur leur trente-et-un et ouvrent leurs boutiques jusqu’à minuit pour faire plus ample connaissance avec leurs clients. Il faut savoir que la rue Auguste Comte est une des rues les plus typiques du patrimoine lyonnais. Jadis remplie d’antiquaires, elle laisse aujourd’hui la place à quelques galeries d’art et magasins de meubles design et de vêtements prestigieux.

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Marilyn offre le champagne dans sa boutique pendant l’opération « tapis rouge » de la rue Auguste Comte : une poupée parmi les poupées.

UNE BOUTIQUE SINGULIÈRE POUR UNE PERSONNE ATYPIQUE

« Marilyn » est une petite boutique d’antiquités où se côtoient vaisselle, bijoux et bibelots en tous genres. Mais l’on y trouve aussi et surtout des poupées, car Marilyn, la maîtresse des lieux, qui a baptisé la boutique de son prénom, pratique l’expertise des poupées anciennes pour le compte de commissaires-priseurs.

Ce qui caractérise la boutique de Marilyn, c’est le « chaos organisé » dans lequel évoluent les produits. Une présentation surréaliste face aux points de vente aseptisés que l’on croise au coin de la rue, l’antithèse de toutes les règles fondamentales du merchandising.

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Une présentation marchande à l’antithèse des règles fondamentales du merchandising.

Mais qui est vraiment Marilyn, et comment expliquer une telle mise en scène ?

Marilyn, parlez-nous de vos influences.

Je suis issue d’une famille de brocanteurs lyonnais. Mon père avait une boutique boulevard Stalingrad (actuellement « la cité des antiquaires »), et on vendait le dimanche au marché aux puces de Vaulx-en-Velin. Nous tenions le stand 53 dans la cour des miracles.

Toute petite, j’accompagnais mes parents et faisais « la potiche » sur leur stand pour surveiller les vols. Nous avions un marchand de disques près de notre stand, et je me rappelle encore le son de ses musiques. C’était l’époque ou nous suivions nos parents, une époque douce et joyeuse. Nous étions fauchés mais heureux et parfaitement en harmonie. J’étais très proche de mon père, j’étais son trésor, et inversement.

J’ai cinq frères et sœurs, mes parents nous ont tous poussés à faire des études. Mon père disait que la brocante n’avait pas d’avenir et espérait pour nous un métier plus stable. Mes frères et sœurs sont aujourd’hui dans le domaine médical. Quant à moi, j’ai passé un doctorat d’anglais et me suis orientée dans l’enseignement. Quand j’ai eu l’opportunité d’intégrer la vie professionnelle, maman m’a incitée à reprendre plutôt l’activité familiale. Je ne me suis pas trop fait prier, car j’aimais profondément cela. Ce sont mes racines, ma passion, ma « terre ». Reprendre la brocante de papa, c’était naturel. J’y ai juste ajouté ma touche, intégré des objets de charme, plus romantiques.

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Marilyn, épanouie, devant sa boutique d’antiquités.

Comment en êtes-vous arrivée à vous installer ici ?

Le boulevard Stalingrad a changé de propriétaire, et les prix des loyers ont considérablement augmenté. Bon nombre d’entre nous sont partis, et mon papa a pris cette petite boutique de la rue Auguste Comte en 1989.

Je suis ici depuis vingt ans. Avant que je m’y installe, c’était un magasin de laine. Je n’ai rien changé et n’ai pas fait de travaux d’embellissement. J’y ai juste posé mes objets.

Que vendez-vous exactement, et comment constituez-vous votre stock ?

Je vends des objets que je rachète à des particuliers en fonction de mes coups de cœur et de ce que recherchent mes clients.

Aujourd’hui, les poupées marchent bien, surtout celles des années 1950, je pense que nous vivons une nostalgie de cette période « glorieuse ». Mes clientes viennent beaucoup pour elles-mêmes et aussi pour offrir. Je passe beaucoup de temps à la boutique, c’est mon « bébé », ma passion, mon « oxygène ».

J’aime cette citation de Maurice Rheims : « Comme si l’art était notre seule chance de sortir de notre solitude ».

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On ne sait plus ou poser les yeux !

Comment mettez-vous en scène les produits dans votre boutique ?

J’entrepose les objets les uns au-dessus des autres, par « fatalité ».

Puis, il y a environ huit ans, ce sont deux de mes clientes (qui sont devenues des amies) qui m’ont aidée en me faisant prendre conscience qu’il fallait que j’organise mon magasin par thèmes. Et c’est avec Danielle, retraitée de la préfecture et Claudia, libre de ses journées (elles ne se connaissaient pas au départ), que nous avons réorganisé le magasin. Elles m’incitaient à venir de bonne heure pour restructurer la boutique : espace après espace, nous regroupions les objets par thèmes.

J’avoue que je vends mieux quand les clients voient mieux les produits.

Néanmoins, cette « fatalité » dans l’organisation de mon espace est aussi une « heureuse fatalité », car je me rends compte que mes clients aiment ce « fouillis » et viennent aussi pour ça. Pourtant, quand je « déblaye », je vends mieux. Chargé c’est bien, mais trop c’est trop !

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Marilyn s’accorde un espace au milieu de son « chaos organisé ».

Et vos vitrines ?

Je ne refais jamais mes vitrines, je remets juste parfois de nouveaux objets par dessus.

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Des vitrines qui intriguent les passants et attirent curieux, chineurs et passionnés.

Marilyn est le contre-exemple, l’antithèse de l’organisation marchande. Mais elle dégage une telle énergie et une telle passion pour ses objets qu’il émane un parfum d’alchimie dans toute sa boutique. Un morceau de rêve en dehors du temps. Une poupée parmi les poupées. Marylin est unique, et sa boutique est inimitable. « Marilyn », c’est elle, et elle est sa boutique. Une fusion fascinante et magique qui mérite bien le détour.

« Marilyn »

Antiquités – Expertise en poupées

55 rue Auguste Comte – 69002 LYON

Tél. 04 72 41 88 12

www.quartieraugustecomte.com

2 commentaires pour “« MARILYN » : l’antithèse du merchandising”

  1. excellent article de nelly sitbon, grande spécialiste de la vitrine lyonnaise sur cette incontournable personnalité du monde de l’antiquité lyonnaise qui rayonne mondialement dans son activité.
    merci à marilyn

  2. merci a Marilyn de sa bonne humeur a toute epreuve et de sa gentillesse permanente si peu mercantile et tellement bonne commercante j’aimerai que tous les antiquaires soient aussi affablent et a l’ecoute de leurs clients (meme de passage et oui !) le metier ne s’en porterai que mieux.. A bon entendeurs !

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